L’Arbre à Lettres

Regrouper des textes, sous toutes les formes, pour nourrir les projets concrets. Comment le chez-soi est-il perçu dans la littérature, la poésie, la musique…? Livrez-nous vos références les plus parlantes.

 

« Nantes : peut-être avec Paris la seule ville de France où j’ai l’impression que peut m’arriver quelque chose qui en vaut la peine, où certains regards brûlent pour eux-mêmes de trop de feux (je l’ai constaté encore l’année dernière, le temps de traverser Nantes en automobile et de voir cette femme, une ouvrière, je crois, qu’accompagnait un homme, et qui a levé les yeux : j’aurais dû m’arrêter), où pour moi la cadence de la vie n’est pas la même qu’ailleurs, où un esprit d’aventure au-delà de toutes les aventures habite encore certains êtres, Nantes, d’où peuvent encore me venir des amis, Nantes où j’ai aimé un parc : le parc de Procé. »

Nadja, André Breton




 

Quand on rentre chez soi, délivré de la rue,
Aux fins d’automne où, gris cendré, le soir descend
Avec une langueur qu’il n’a pas encore eue,
La chambre vous accueille alors tel qu’un absent…

Un absent cher, depuis longtemps séparé d’elle,
Dont le visage aimé dormait dans le miroir ;
Ô chambre délaissée, ô chambre maternelle
Qui, toute seule, eût des tristesses de parloir.

Mais pour l’enfant prodigue elle n’a que louanges…
L’ombre remue au long des murs silencieux :
C’est le soir nouveau-né qui bouge dans ses langes ;
Les lampes doucement s’ouvrent comme des yeux,

Comme les yeux de la chambre, pleins de reproche
Pour celui qui chercha dehors un bonheur vain ;
Et les plis des rideaux, qu’un frisson lent rapproche,
Semblent parler entre eux de l’absent qui revint.

La chambre fait accueil ; et le miroir lucide
Pour l’absent qui s’y mire, est soudain devenu
Son portrait-grâce à quoi lui-même il élucide
Tant de choses sur son visage mieux connu,

Des choses de son âme obscure qui s’avère
Dans ce visage à la dérive où transparaît
Son identité vraie au fil nu du portrait,
Pastel qui dort dans le miroir comme sous verre !

Georges Rodenbach




« La poésie n’est pas plus ici que là, elle est en nous. La poésie est partout : cette chambre est aussi poétique que le golfe de Baia, Ischia, ou le lac Majeur, ou tout endroit réputé poétique. […] Ces murailles t’aiment et te connaissent […] ; ces meubles sont faits à toi, et tu es fait à eux. Quand tu entres, […] ton lit te sourit discrètement du fond de l’alcôve, et rougissant de pudeur entre ses rideaux pourprés, semble te dire que tu as vingt ans et que ta maîtresse est belle […] La maison est un corps dont tu es l’âme et à qui tu donnes la vie : tu es le centre de ce microcosme […]. »

Théophile Gautier, Les Jeunes France: romans goguenards, 1833

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